L’effet « joker » dans le duel Pogacar – Van der Poel
Voici le vrai enjeu du Tour des Flandres 2026. Avant cette annonce, on se dirigeait vers un énième duel à distance : Tadej Pogacar (UAE Team Emirates – XRG) vs Mathieu Van der Poel (Alpecin-Premier Tech). L’an dernier, Pogacar l’avait emporté avec plus d’une minute d’avance, laissant le Néerlandais se battre pour la troisième place derrière Mads Pedersen.
L’arrivée d’Evenepoel dynamite cette équation. Le Belge est le seul au départ à pouvoir menacer Pogacar sur une attaque de longue distance. Souvenez-vous de Liège 2022 ou de la Vuelta 2022 : quand Evenepoel part seul à 30 bornes de l’arrivée, il est imprenable. Van der Poel, lui, préfère les sprints entre costauds. Wout Van Aert, ravi de cette nouvelle, l’a bien résumé à Sporza : « Il ne partirait que s’il visait un résultat de premier plan. »
Une équipe bâtie pour le chaos
Evenepoel ne sera pas seul. Contrairement aux rumeurs d’un isolement, Red Bull l’entoure d’une garde rapprochée de choc. On y retrouve les frères Van Dijke (Tim, 2e du Het Nieuwsblad, 13e à Kuurne, et Mick), des équipiers de luxe pour les secteurs pavés. Surtout, Gianni Vermeersch (5e des Strade Bianche) sera le lieutenant idéal. Et n’oublions pas Jan Tratnik, vainqueur du Nieuwsblad en 2024. Une formation taillée pour le placement, l’antidote parfait contre les bordures. Question aux puristes : Pensez-vous que l’équipe Red Bull sacrifiera Vermeersch dès le Koppenberg, ou jouera la carte de la double menace ?
La revanche de la Belgique : En finir avec 9 ans de disette
2017 – 2026, le trop long tunnel
Pour comprendre l’onde de choc, il faut rappeler un chiffre : 69 victoires belges en 110 éditions, mais plus aucune depuis Philippe Gilbert en 2017. Pire encore, aucun Belge sur le podium depuis 2021. Dans un pays où le Ronde est une religion, cette disette est vécue comme un traumatisme national.
Evenepoel porte désormais ce poids. Wout Van Aert a échoué plusieurs fois (2e en 2020, 3e en 2022). Arnaud De Lie, pourtant pressenti comme le futur roi, a balayé le sujet d’un revers de main à la RTBF : « Honnêtement, je m’en fous. Ça ne me fait ni chaud ni froid. » Une déclaration qui en dit long sur la pression qui entoure ce monument. Evenepoel, lui, ne peut pas se permettre cet aplomb. Il arrive en sauveur providentiel, ou en candidat au crash.
L’héritage d’un « enfant du Brabant flamand »
N’oublions jamais que Remco Evenepoel est originaire de Schepdaal, à 60 km du Vieux Quaremont. Il a grandi avec ces monts dans les jambes lors de ses sorties d’entraînement. Il connaît chaque fissure du Mur de Grammont. Cette dimension locale, couplée à son statut de double champion olympique, le place dans une position unique. Il n’est pas un touriste. Il est le fils prodige qui rentre à la maison.
Les 4 Mousquetaires : Ce qui rend ce plateau historique
Nous avons déjà vu des trios. Mais un quatuor ? C’est du jamais vu sur une classique.
Tadej Pogacar (UAE Team Emirates – XRG) : Le patron, vainqueur sortant, roule sur l’eau.
Mathieu Van der Poel (Alpecin-Premier Tech) : Le recordman en puissance (3 victoires : 2020, 2022 et 2024), le plus explosif.
Wout Van Aert (Visma-Lease a Bike) : Le revenant, affamé, le plus régulier sur le Ronde.
Remco Evenepoel (Red Bull-BORA-Hansgrohe) : Le X Factor, l’inconnu.
N’oublions pas non plus un certain Mads Pedersen (Lidl Trek), 2e l’an passé, 4e du dernier Milan-SanRemo, qui pourrait venir arbitrer ce quatuor.
Pour la première fois hors Championnats du Monde, ces quatre-là se font face avec des ambitions de victoire. Jonas Vingegaard, lui, reste sagement à la maison. Son directeur sportif, Grischa Niermann, a ironisé : « J’ai pensé à appeler Jonas pour lui dire de venir ici ! » Un rire jaune, car la Visma sait que le scénario de la course leur échappe désormais.
Le verdict : Evenepoel va-t-il gagner dès sa première ?
Soyons francs. Le cyclisme ne fonctionne pas aux sentiments. Remco Evenepoel arrive avec un début de saison en dents de scie. Oui, il a survolé le Tour de Valence (7 victoires sur ses 10 premiers jours de course), mais il a paru émoussé à l’UAE Tour (10e) et sur le Tour de Catalogne (5e), où une chute avec Vingegaard n’a rien arrangé.
Pourtant, les spécialistes s’accordent sur un point : Evenepoel est un compétiteur hors norme, capable de se sublimer sur un objectif précis. S’il a sacrifié sa condition sur le Catalogne pour peaufiner sa pointe de vitesse sur les bosses, attention à la déflagration. La comparaison avec Pogacar est inévitable. Le Slovène a dû s’y « essayer » avant de dompter le Ronde (4e en 2022, victoires en 2023 et 2025). Il serait naïf de penser qu’Evenepoel réussira du premier coup là où Pogacar a échoué.
Notre pronostic : Evenepoel ne gagnera probablement pas. Mais il va exploser la course. Il attaquera dans le Koppenberg ou le Taaienberg, forçant Pogacar à réagir, et offrant peut-être la victoire à un Van der Poel embusqué. Une chose est sûre : si vous n’aimez que les arrivées au sprint, fuyez ce dimanche 5 avril. Si vous voulez assister à une bataille digne des guerres flamandes, soyez à Audenarde.
« À dimanche », avait écrit Remco. Les Flandres ont répondu. L’attente va être insoutenable.